lundi 3 mars 2008

Le fol usage, paragraphe 26 : j'abdique.

Voilà, je mets fin à cette petite expérience qui n'aura jamais vraiment pris forme. Forme trop restrictive notamment, et la simple idée de devoir pondre encore des dizaines de billets à partir d'extraits sur les syllabes françaises n'a jamais réussi à me motiver.

Je reviens donc à la forme un peu plus libre que j'adoptais auparavant. On peut maintenant me trouver ici : Les lettres à la nana.

Au plaisir de vous y voir.

dimanche 6 janvier 2008

Du fol usage, paragraphe 25 : le nez

Les voyelles sont dites nasales quand le souffle s'échappe à la fois par la bouche et par le nez. Les autres voyelles, pour lesquelles l'air s'échappe seulement par le bouche, sont des voyelles orales.

Il ne savait parler que du nez, mais n'avait pas la voix nasillarde. En fait, il ne parlait pas. Il avait depuis longtemps compris que la parole est le moyen le plus sûr de ne pas se faire entendre. C'est par les odeurs qu'il approuvait, déshabillait, charmait.

Sa bouche ne servait plus qu'à embrasser.

C'est bien assez.

Allez, plus que 1080 paragraphes.

jeudi 3 janvier 2008

Du fol usage, paragraphe 24 : le destrier

Les voyelles sont antérieures ou postérieures selon leur point d'articulation, c'est-à-dire la région du palais vers laquelle la langue se soulève.

Annick gardait un impérissable souvenir de ses promenades équestres, assise sur les genoux de son destrier de père qui, par mouvement régulier de la langue vers le palais, imitait le trot. Le plancher se transformait en voie romaine, les meubles en menhirs et maman en méduse - son regard de réprobation avait le pouvoir de faire passer papa de monture à campeur de salon et la cuisine de médiévale à banlieusarde.

Son lui père lui avait appris sans lui dire que la langue n'était pas de lieu de toutes les paroles, mais de toutes les envolées.

Elle ne fréquenta par la suite que des étalons très quelconques, qui grognaient en jouissant.

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lundi 17 décembre 2007

Du fol usage, paragraphe 23 : ma congère est plus grosse que ton banc de neige

Mon cher,

Voilà, c'est quand même un peu chiant, le paragraphe 23 n'est qu'un tableau des voyelles françaises, des voyelles en phonétique à plus forte raison! Et, quoique la distinction entre les voyelles labiales et non labiales m'apparaît vachement intéressante, je me vois mal discuter ne serait-ce qu'une phrase de plus de ces notions qui, somme toute, sont difficiles à placer dans conversation entre le bœuf bourguignon et la tarte au citron.

C'est pourquoi j'en profite pour parler du sujet de l'heure dans ces quelques arpents de neige en Amérique : les quelques arpents de neige dans mon entrée de voiture. M. Arouet avait peut-être raison, le pauvre.

En fait, je suggère la remise au goût du jour d'un terme noble pour désigner les amas de neige entassés par le vent ou la pelle frénétique et revancharde du Québécois moyen encore étonné de voir de la neige en hiver. Au pays de l'or des fous, on a substitué le rustre banc de neige à la très latine congère dans les conversations autour du pot-au-feu ou du café fade des tours à bureaux.

Certains diront que c'est outrageusement pédant, et qu'employer ce terme est le meilleur moyen d'être mis au ban d'une société dans laquelle le banc de neige fonde encore aujourd'hui l'essentiel des bulletins télévisés et des conversations hivernales autour du café fade des tours à bureaux.

Soit. Mais c'est tenir pour acquis que vos interlocuteurs comprendront de quoi vous parlez.

Au contraire, si vous choisissez bien votre société, ce terme aura l'avantage de confondre vos interlocuteurs. S'ils vous en demandent la signification, ce qui est peu probable considérant la difficulté pour les ignorants d'avouer leur ignorance, soyez inventif. Par exemple, prétendez que congère est du vieux français pour congénère. La démonstration de votre culture vous permettra de faire passer le vin cheap que vous avez amené à vos hôtes pour un vin rare. Avec un peu de chance, vous les impressionnerez suffisamment pour rendre cocu le mari entre la dinde et le caramel mou.

C'est peut-être pas convaincant, dit comme ça, mais le Secret, c'est qu'il suffit d'y croire.

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lundi 12 novembre 2007

Du fol usage, paragraphe 22 : de la nature des voyelles

On appelle voyelles des sons produits par les vibrations des cordes vocales,l'air s'échappant sans avoir été arrêté ou freiné nulle part.


A

J'ai appris ma première voyelle chez le médecin. « Dis aaaaaaaaa » m'a été demandé par ce bon pédiatre de la rue Green, à Saint-Lambert, bien avant mes frisées maîtresses d'école (la plupart sont frisées). Bien évidemment, mes parents avaient déjà osé m'apprendre le b, mais c'est chez le pédiatre que j'ai saisi l'origine de cette voyelle : la maladie, la douleur. Le premier a français est sorti de la bouche d'un malheureux s'étant cogné le doigt avec un marteau (le calisse de papa n'étant que le fruit de l'évolution).

Certes, les théories de mon enfance se sont infirmées depuis : le a n'est pas né de la douleur ni de la maladie; le calisse n'est que le fruit de la régression du vocabulaire de papa.

Dommage.

E

D'aucuns prétendent que le e ne sert qu'à établir ou à maintenir la communication, qu'il a une fonction phatique.

Il n'en est rien. C'est la voyelle typique de l'interrogation, du doute, de l'absence, du on pourrait passer à autre chose? Il sert à masquer le silence de la fuite. Demandez à une nana ou à un mec (c'est selon) que vous courtisez pourquoi vous ne lui plaisez pas pour voir ce qui sortira d'office de l'orifice. CQFD.

Le e est la voyelle détestée des amants éconduits.

I

I sert essentiellement à signifier l'étonnement de l'ami à qui l'amant éconduit vient de raconter son histoire. L'amant éconduit doit toujours affronter les monosyllabes avant son deuil.

O

O comme la réaction de l'homme qui réussit pour la première fois à détacher d'une main un soutien-gorge.

O est la voyelle préférée des amants non éconduits (et habiles).

U

Voyelle qui, à elle seule, n'a pas d'âme. Née de la nécessité de la coupler au q pour placer un mot compte triple au Scrabble.

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dimanche 21 octobre 2007

Du fol usage, paragraphe 21 : des ambitions, tu n'auras pas

Maurice,

Voilà, les ambitieux et autres établisseurs d'objectifs, les move on men, les illuminés de l'avenir me sont insupportables tout autant qu'ils sont, tout contents qu'ils soient.

Font chier. Laissez-moi branler.

Regarder devant soi, je veux bien, mais ça empêche de voir où on met les pieds et de ramasser la merde qu'on laisse derrière soi.

Bonheur, bonheur, bonheur : ils n'ont que ce mot à la bouche. Courez, courez, courez je dis, votre bonheur est une carotte. Ce n'est pas le mien. Avancer, avancer, il faut toujours avancer, répètent-ils. Allez, n'hésitez pas, atteignez vos objectifs, vous n'aurez qu'à en fixer un autre, puis un autre, puis un autre... Épuisez-vous sans vous fatiguer. Plus loin, plus fort, plus vite, just do it. Plus de joie, plus d'amis, plus de sexe : davantage de pourquoi. Vous êtes la chatte qui court après sa queue, le Sisyphe condamné à son rush.

Respirez, soufflez que diable, vous m'étourdissez!

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mercredi 19 septembre 2007

Du fol usage, paragraphe 20 : de la chimie, de la physique et autres considérations de la langue de l'amour

Maurice,

Prenons l'axiome suivant, lieu commun s'il en est un.

Il n'y a pas de chimie entre nous.

Je ne saurais dire si cette expression t'as déjà dynamité par sa vacuité (en fait, on s'en fout un peu, on n'ose jamais imaginer les amours d'un grammairien), mais de mon côté, ça me laisse pantois, coi quoi. Oh non! pas nécessairement déçu, la nana qui dit ça peut bien aller voir ailleurs si j'y suis (j'y suis pas, t'inquiète, mais ne le dit pas). C'est que, bon, je comprends pas, c'est tout. Pas que je n'entends pas. C'est plutôt... pourquoi parler de chimie entre deux personnes, hein? Pourquoi pas biologie auprès, biochimie dedans? T'as une réponse?

Bref, je me demande.

Considérons donc la définition de chimie que me donne mon ami Bob :

Science de la constitution des divers corps, de leurs transformations et de leurs propriétés.

Ça éclaire peu, tout de même. Bon, avec un peu d'imagination et d'esprit (tordu), je peux bien faire un rapprochement vaseux, mais je suis pas davantage renseigné sur le pertinence de entre. Chimie, c'est pas un verbe tout de même! Et puis bon, les prépositions, c'est l'amour même : auprès, dessus, dessous, sur, sous, dans, on n'en sort pas (ou enfin on veut pas en sortir, parfois, c'est compliqué, je t'expliquerai).

Quand je comprends pas, une seule explication : c'est la faute de l'anglais. C'est comme ça ici. Blame it on the Anglos.

Justement, que nous dit le Merriam-Webster à propos de chemistry?

A strong mutual attraction, attachment, or sympathy.

Qu'est-ce que j'avais dit, hein? J'avais pas raison? D'aucuns m'accuseront de tomber dans le raisonnement post hoc (et dans l'abus des italiques), mais faut pas se préoccuper des détails.

Enfin bref, nul doute que la prochaine qui trouve qu'on n'a pas de « strong mutual attraction » peut bien aller se faire foutre (par quelqu'un d'autres, pas de doute à ce propos). Je me rapproche pas de celles qui pensent l'amour dans (et avec) une autre langue.

Non, selon ma langue, cette nana et moi ne pouvions assurément pas avoir d'atomes crochus. En français, ce qui est au poil, c'est qu'on parle en termes de physique lorsqu'on doit se mettre à poil.

Cela dit, j'ai pas vraiment une dent contre la chemistry de l'anglais. Le ROC peut bien aimer la chimie organique, j'ai pas détesté synthétiser pour la première fois des huiles essentielles (et fondamentales) au collège, mais la chimie organique ne sera jamais la chimie des organes, moi je dis, question d'étymologie.

Non, la physique et ses atomes crochus, sa mécanique des fluides, sa gravité, ses frictions, son inertie, son espace-temps, y'a que ça pour décrire l'amour.

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mercredi 29 août 2007

Du fol usage, paragraphe 19 : des particularités des sites de nouvelles en ligne

En manchette aujourd'hui :

Québec planifie l'ouverture d'une prison dédiée aux agresseurs.

On trouvera sur la pierre d'assise la mention suivante : « Prison érigée en l'honneur de nos agresseurs disparus ».

Tu t'étonnes qu'on n'ait pas déjà crié au scandale.

Tu te ravises, la colère ne t'es pas réservée.

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lundi 27 août 2007

Du fol usage, paragraphe 18 : de la langue en bouche

Momo,

J'aime ma langue et encore plus la partager quand on me donne l'occasion d'insérer un zeugme d'entrée de jeu. Pas qu'elle soit plus belle que les autres, bien sûr que non, j'oserais pas porter de tels jugements de valeur en public, mais en privé, l'âme nue (l'âme, dis-je), c'est une langue belle aux mouvements si féconds.

J'aime pas quand les gens disent qu'ils se mettent un pied dans la bouche, c'est les anglos qui font ça, nous on se met les pieds dans les plats. Il faut se rendre à l'évidence : c'est du propre. Il y a bien sûr de mauvaises langues qui diraient que ce qui se trouve dans les plats se retrouve nécessairement dans la bouche et que, bref, le français n'est pas plus propre, mais je dirais à ces gens holà! Se mettre les pieds dans les plats demande beaucoup moins de contorsions que faire de même dans la bouche. Et en matière de langue, qui dit contorsions dit circonvolutions dit complications.

Ma langue n'est pas mal embouchée et ne s'embouche pas, qu'on se le dise.

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lundi 20 août 2007

Le fol usage, paragraphe 17 : des pauses inutiles

Maurice,

Bon, me revoilà, pas la peine de me faire la leçon, comme sujet à vif j'irai au vif du sujet : la pause aura été inutile, j'en ai bien peur, mais n'aie aucune crainte, je saurai garder l'incohérence du propos et la longueur des phrases plus ou moins bien correctement ponctuées. Tu sais, parfois on dit qu'on prend du recul pour prendre de l'élan, mais c'est complètement naze comme façon de penser, on prend du recul pour reculer et, physiquement parlant, on doit interrompre l'élan pour reculer; on ne me la fait pas, pour briser l'inertie, il faut de la friction et par conséquent j'espère que t'es pas trop brouillé avec moi. CQFD.

La pause aura été inutile, donc, car il ne s'est rien passé dans les dernières semaines qui a véritablement pu m'empêcher de t'écrire, ni femme ni flamme ni flemme ni paronymes (quelque mauvaises ces raisons fussent-elles). Tu voudras bien m'en excuser.

À très bientôt


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mardi 19 juin 2007

Du fol usage, paragraphe 16 : du baiser

Le baiser est la forme primitive du bilinguisme.

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lundi 28 mai 2007

Du fol usage, paragraphe 15 : des trois R

Réduire, réutiliser, recycler le discours, voilà l'écologie sociale.

Si j'ai du feu? Voilà mademoiselle. Si je suis anglophone, j'ai comme un accent ? Non, pas du tout, je suis seulement translateur, mais merde, tu peux pas savoir comment tu me fais plaisir, j'aurai pas besoin d'avorter moi-même les germes de la séduction, c'est dans le désordre des choses. Translator, really? T'es toute surprise, t'as pas dû en voir ofteune, tu présumes qu'on est nécessairement du même moule. Et tu causes, tu causes et tu m'énerves, en anglais comme en français, indeed, you're so fully educated and bilingual, like you said, comme ces anglos qui ont fui vers The Queen City après 1976. What a shame, isn't it? Sauf que moi, c'est à ton discours que je pense. Ta naïveté me touche, un peu plus et je te croirais intéressée à mes propos et à mes proposals. Je te demande pas ton nom, tu t'appelles Sandy, no doubt about it. Le français est tellement plus difficile, it's foule of exceptions, ça doit être vrai, le Grec et la Tremblay qui me parle en anglais (it's such a cool language, after all) le disent aussi.

On est restera là, je vais rentrer voir si je suis toujours aussi transparent. Je voudrais briser mes digues pour que t'ouvres les vannes, je voudrais baisser ma garde pour que tu me bayses encor, repaysse-moi et bayse, je te réveillerai demain avec quatre fraises. Mais voilà, ça n'arrivera pas, j'ai des inaptitudes à l'ineptie sociale, je joue pas moi, en fait si, je joue à pas jouer, ça me donne de la contenance. Je suis pas glandeur mais branleur, au propre (pas propre) comme au défiguré, mais faut pas t'en faire, je souris, souris à jaunir, l'humour factice rapproche les gens et distancie les jambes, paraît-il. Mais t'en fais pas, je suis pas cynique, non, j'ai confiance en la vie, seulement je suis hors-la-vie.


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mercredi 9 mai 2007

Du fol usage, paragraphe 14 : des bizarreries des rédacteurs

Momo,

Tu dois d'abord lire cet extrait d'un guide d'utilisation que j'en suis à traduire :

The next part of this tool is the possibility to apply search filters to the data. For example, we might want to search for all names containing “ toroon ”. To do this [...]

Dis, tu connais des termes anglais qui comprennent le morphème toroon? Je suis un peu embêté, je dois dire. Et j'arrive difficilement à concevoir comment le rédacteur en est arrivé à penser à cet exemple. M'enfin bon, tu sais comment j'ai l'esprit fermé, je pense inside the box et non outside the box comme disent les gens qui gestionnent. Par conséquent hein, de là à dire que toroon est un terme outside the box, the dictionary for that matter, il n'y a qu'un pas de sophiste que je ne ferai pas. Mais le problème de la traduction du terme hein, je te dis pas. Je voudrais pas simplement reproduire toroon en français, je ne voudrais pas faire d'anglicisme néologique, nouvelle erreur commune du traducteur.

Alors voilà ce à quoi je suis arrivé, mais je ne suis toujours pas certain. Si t'as de meilleures idées, surtout n'hésite pas à m'en faire part :

  • Dans le cas où l'on voudrait trouver tous les termes comprenant « moron », par exemple, il faut [...];
  • Dans le cas où l'on voudrait trouver tous les termes comprenant « desmots », par exemple, il faut [...];
  • Dans le cas où l'on voudrait trouver tous les termes comprenant « riendutout », par exemple, il faut [...].

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mardi 1 mai 2007

Du fol usage, paragraphe 13 : de la banlieue

Je suis enfant comme grand enfant de la banlieue, indécrottable fruit vert à mûr des amours de la défunte Ville Jacques-Cartier, celle des romans de Ferron. J'ai grandi à l'ombre du bouleau blanc et des réverbères témoins des parties de cache-cache. Le bouleau a fait place à l'épinette argentée et les réverbères ne sont maintenant témoins que des parties de fesses.

Je suis fils de la banlieue, à mille lieues du banc de mes premières amours.

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lundi 16 avril 2007

En passant...

Par esprit d'éducation des masses, tu verras que je proposerai, quotidiennement j'espère, des traductions d'expressions connues dans l'en-tête du carnet. En espérant que tu pourras enrichir ta collection d'expressions idiomatiques.

Le fol usage, paragraphe 12 : de la grippe

L'homme qui voit poindre la grippe s'agrippe. Là bon, évidemment, j'espère ne pas avoir à t'expliquer ce que j'entends par ce dernier verbe, il y a deux possibilités, et c'est tout de même pas ma faute si j'ai la langue inventive et la plume lâche. Bon, tu me diras que je suis prétentieux, mais t'auras tout faux, parce que je suis carrément tentieux et tendancieux; je ne prétends pas, je tends et détends, et il suffirait que j'ajoute j'attends pour faire un navrant rap du temps. Les leçons d'étymologie, on ne me les fait pas, ça non, j'ai un diplôme pour le prouver.

À la venue de la grippe, je m'agrippe, donc. C'est ce que je suis pas souvent malade, moi monsieur, je touche du bois pour éviter de moucher du moi. C'est que je déteste la fièvre du printemps, qui se traduit toujours par des nuits courtes entrecoupées de corps en sueur au lit, ce qui, tu en conviendras, est beaucoup moins agréable que la fièvre du printemps, qui se traduit toujours par des nuits courtes entrecoupées de corps en sueur au lit. C'est pas pareil, je te jure, c'est simplement que la langue a de ces insuffisances parfois, on ne peut faire autrement que de tomber dans la suffisance, je te l'ai dit plus haut, c'est pas ma faute.

Mais voilà, t'inquiète, c'est maintenant derrière moi. Et ne me dis pas que c'était qu'une fièvre d'homme du printemps (en fait, je suis pas homme du printemps, enfin si, mais non, c'est compliqué le complément déterminatif, j't'expliquerai). Non, ce n'était pas fièvre d'homme du printemps, celle-ci demande une oreille pour geindre à son gré.

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mardi 10 avril 2007

Le fol usage, paragraphe 11 : de la décoration

Cher Maurice,

On en vient parfois à détester profondément vivre dans le blanc. C'est mon cas il va sans dire, je t'en parlerais pas pour rien. C'est pas que j'aie des talents énormes pour la décoration, loin de là, mais un jour il faut ce qu'il faut. Comme mâle traditionnel, je dois marquer mon territoire, et comme j'ai pas de talent pour me frotter la joue sur les murs ou pisser sur la moquette, j'ai pensé qu'un peu de peinture ferait l'affaire.

C'est fou comment un peu de vert humanise les cloches de verre des hommes verts.

Allez, plus que 1094 paragraphes.

lundi 2 avril 2007

Le fol usage, paragraphe 10 : des chats

Cher Maurice,

Publier une photo de son chat dans un de ses billets est probablement l'une des pire atteintes à la crédibilité du blogueur (propriétaire dudit chat). Mais bon voilà, tu ne m'en voudras pas trop, j'ai songé que je pourrais immédiatement ramener ma crédibilité à zéro, de cette manière elle ne pourra par la suite que prendre du mieux. Il paraît, selon la sagesse populaire, qu'il vaut mieux atteindre parfois le fond du baril. Il reste que j'ai jamais compris tout à fait de quel baril il s'agit, parce que le baril de poudre est toujours plus dangereux avant qu'on en atteigne le fond. Mais quand on y pense, c'est pas fou quand même, parce que le fond du baril rime souvent avec fond de tonne et derniers morceaux de Kentucky.

Mon chat, il est pratique : il me réveille toujours à l'heure pour pas que je sois en retard au boulot, ce qui vaut son pesant d'or, que je lui verse en croquettes sonnant. Ça, c'est sans compter qu'au retour du bureau, il me rappelle toujours avec emphase le chemin vers son bol de bouffe, service qui n'a pas de prix, mais que je lui paie aussi en croquettes. Tu me diras peut-être qu'il n'est pas pratique mais dispendieux, mais non, il est dispendieux mais pratique, ce qui n'est pas la même chose. C'est comme un bibelot utile, mais vivant. Ça l'air compliqué comme concept, je te l'accorde. Je t'expliquerai un jour.


Voilà, tu pourras pas me reprocher de n'avoir jamais montré ma vulnérabilité ici,
on peut pas seulement se montrer sous son meilleur jour dans l'anonymat. J'ai montré une photo de mon chat, c'est dire.

Allez, plus que 1095 paragraphes.

lundi 26 mars 2007

Le fol usage, paragraphe 9 : des élections

Cher Maurice,

Tu sais, je parle jamais politique, mais bon, c'est jour d'élection ici et si je parle pas politique aujourd'hui, j'aurais l'air de ne pas être citoyen modèle et cultivé, ce qui m'embêterait en plus de m'abêtir, c'est le cas de le dire. Mais bon, je dois l'admettre, c'est pas si difficile pour moi de parler des jeux de pouvoir, ça fait partie de moi, j'ai joué jusqu'à plus soif au roi de la montagne étant jeune.

Et je sais pas pourquoi, c'est toujours le plus gros et grossier qui gagnait.

Et aujourd'hui, je n'ai pas voté pour lui.

La démocratie, c'est la revanche du vif sur le mufle pour le vulgaire.

Allez, plus que 1096 paragraphes.

lundi 19 mars 2007

Le fol usage, paragraphe 8 : des opinions

Cher Momo,

Tu sais, tout le monde a des opinions à propos d'une foule de choses. C'est quand même un beau pied-de-nez de l'histoire de voir que, dans la démocratie, on vit la dictature de l'opinion. Ça m'énerve. Bon, tu me diras que mes propos ne sont jamais à propos, mais là n'est pas mon propos. Du reste, j'en suis conscient, par conséquent exonéré de tout blâme, et c'est moi l'inquisiteur ici.

Et l'exquis inquisiteur inquisite, c'est bien connu.

Remarque, je n'ai contre les gens qui ont des opinions, au contraire, mais contre ceux qui s'opiniâtrent à parler au je par peur d'être jugés sans personnalité, sans substance. Il faut savoir que les opinions qui ne sont pas or en barre sont or des fous.

J'ai appris à considérer le silence comme l'opinion la plus significative.

Allez, plus que 1097 paragraphes.