dimanche 21 octobre 2007

Du fol usage, paragraphe 21 : des ambitions, tu n'auras pas

Maurice,

Voilà, les ambitieux et autres établisseurs d'objectifs, les move on men, les illuminés de l'avenir me sont insupportables tout autant qu'ils sont, tout contents qu'ils soient.

Font chier. Laissez-moi branler.

Regarder devant soi, je veux bien, mais ça empêche de voir où on met les pieds et de ramasser la merde qu'on laisse derrière soi.

Bonheur, bonheur, bonheur : ils n'ont que ce mot à la bouche. Courez, courez, courez je dis, votre bonheur est une carotte. Ce n'est pas le mien. Avancer, avancer, il faut toujours avancer, répètent-ils. Allez, n'hésitez pas, atteignez vos objectifs, vous n'aurez qu'à en fixer un autre, puis un autre, puis un autre... Épuisez-vous sans vous fatiguer. Plus loin, plus fort, plus vite, just do it. Plus de joie, plus d'amis, plus de sexe : davantage de pourquoi. Vous êtes la chatte qui court après sa queue, le Sisyphe condamné à son rush.

Respirez, soufflez que diable, vous m'étourdissez!

Allez, plus que 1084 paragraphes.

6 commentaires:

Anonyme a dit...

Euh... J'imagine que tu pensais à quelqu'un - ou à quelques-uns - en particulier, mais sans contexte, là, on a l'impression que tu t'en prends à tout le monde, que tu fais l'apologie de l'immobilisme, du gros béesse d'à côté qui cale sa 50 en bedaine sur son perron, qui pour tout avenir ne songe qu'à sa prochaine caisse et qui sait en tout temps où il se trouve : derrière sa bière.

Je te signale que le fol usage se propose de réinventer le monde (demain, je sais mais de le réinventer tout de même).

Benoît a dit...

Cher collègue,

Dénoncer une chose ne signifie pas faire l'apologie de son contraire. Évidemment, à la relecture du billet, c'est vrai qu'il y a un peu de ça.

Cependant, ce n'est pas tant une apologie de l'immobilisme qu'une dénonciation de la constante fuite en avant, de cette espèce de manie de considérer la fin plus importante que le moyen, que le chemin pour parvenir à cette fin.

Avoir des projets, j'en suis, bouger, j'en suis, mais est-ce qu'ils doivent nécessairement avoir une finalité bien précise?

François a dit...

Une finalité du type « plus que 1084 paragraphes » ?

Benoît a dit...

Du tout.

Il s'agit d'une finalité établie de façon tout à fait arbitraire, qui n'est motivée d'aucune façon.

Comme les dix commandements, tiens.

François a dit...

Oui, tiens...

Et au fait, parlant de Sisyphe et de bonheur, tu en viens à l’épilogue camusien du Mythe de Sisyphe : « Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Benoît a dit...

Je dois dire que c'est particulièrement difficile à faire!